La presse

mardi 28 novembre 2017

Daniel Melingo en concert : un voyage touchant et délirant

L'affiche placardée partout en ville était trompeuse : Daniel Melingo y apparaissait en conquistadore improbable, de blanc vêtu. Sur la scène du Hall de Paris, c'est un tout autre personnage qu'a campé le caméléon argentin, avec ce vieux manteau noir élimé, tel un vieil hobo latino crooner et fatigué. Il entre à petits pas, ses musiciens jalonnant déjà l'espace sonore de notes économes et racées. Peu à peu, le personnage prend ses aises, arpente tous les recoins de la scène, visite la salle avec la magie du micro hf. La voix de l'Argentin semble avoir fumé toutes les cigarettes de la Terre et éclusé toutes les caves de Buenos Aires.



Peu à peu le tango «vintage» du début se fissure, prend des accents bluesy, pop, et même orientaux avec un sample droit sorti d'un tout petit iphone. Les musiciens, impeccables, accompagnent les frasques de plus en plus appuyées du grand Daniel qui semble, au fil du set, sombrer dans une douce folie. Comme cette séance d'auto-pédicure sur son pied gauche, avec la chaussette qui finira dans le public, et ce rappel, magnifique, lors duquel Melingo dépose le micro et où le guitariste troque sa guitare demi-caisse contre une scie musicale. Le bandonéon est de rigueur mais reste discret, la contrebasse soutient l'édifice que viennent vernir les notes du piano. Et quel piano ! Un véritable Steinway à queue sur scène, c'est la grande classe. Melingo a offert un spectacle total au public du Hall de Paris, où le tango et la poésie auront été au départ d'un beau voyage touchant et délirant.

On peut tirer le chapeau à Moissac Culture et à Moissac Culture Vibrations qui, outre la présentation du 22e festival Des Voix, des Lieux, des Mondes (lire ci-contre), ont offert aux spectateurs le verre de l'amitié à l'issue de ce magnifique concert. La saison culturelle est bien lancée.

Christian Laguille