La presse

mardi 28 novembre 2017

Daniel Melingo : «J'aime le public qui ne me connaît pas»

Le timbre éraillé, des textes qui mettent en lumière les oubliés de la société : Daniel Melingo, c'est un peu la rencontre entre Jacques Brel et Robert Guédiguian mais sur les trottoirs de Buenos Aires. Et sur un air de cumbia. L'un des plus fervents représentants du tango moderne sera mercredi soir sur la scène du hall de Paris pour jouer «Anda», un ovni musical au confluent de plusieurs styles.



On vous présente toujours comme la voix des petites gens de Buenos Aires. A 60 ans et avec le succès qui est le vôtre, est-ce toujours un combat d'actualité pour vous ?

Tout à fait. Car même si le temps passe, les exclus, les perdants, les désespérés, les meurtriers, les prisonniers, les malades mentaux, les impuissants, les pauvres, les sans-voix occupent toujours la même place dans mon cœur. Mon chant est la résonance de ceux qui n'ont pas de voix.

«Anda» est un savoureux mélange entre plusieurs styles musicaux. Quelles sont vos sources d'inspiration ?

Mon inspiration n'est inévitablement pas consciente. Bien que si j'y pense, je dois dire que toute la musique que j'ai absorbée pendant ces 40 dernières années de travail en tant que musicien professionnel a été et est encore aujourd'hui ma principale source d'inspiration constante. Je puise dans la musique régionale et j'entends par là, la musique qui se trouve dans une région, un pays ou un quartier. La musique «live», la musique improvisée dans la nature ou la ville elle-même : ce sont des sons très inspirants pour moi. S'agissant des compositeurs et des interprètes, Carlos Gardel et Edmundo Rivero sont mes deux phares les plus importants.

Anda est-il un projet avec une volonté de casser les codes ou avez-vous construit cet album spontanément, naturellement ?

C'est un peu des deux. «Anda» a nécessité un travail de conception de 15 mois. Ce qui importe en fin de compte, c'est le résultat auditif et la relation directe avec les sentiments impliqués, tant chez le receveur que chez l'émetteur. La magie de la musique fait le reste.

Le tango moderne est-il forcément décalé, chimérique, voire chamanique à l'image de cet album ?

Disons que la dramaturgie et le concept qui existent dans cet album font partie du message et de l'inspiration dont j'ai besoin pour composer un tas de chansons.

Est-ce qu'il y a des artistes français qui font partie de vos incontournables ?

Oui, j'aime beaucoup Serge Gainbourg et j'ai plusieurs références de la musique française en tête comme Erik Satie ou Maurice Ravel. Je pense aussi à George Brassens ou Léo Ferré. Et pour moi, Edith Piaff et Carlos Gardel forment un seul cœur.

Après avoir écumé le monde, votre plaisir à jouer à Moissac est-il le même ?

J'aime les nouvelles sensations et le public qui ne me connaît pas. J'espère revenir bientôt car après Moissac, nous jouerons à Athènes, en Grèce, puis en Italie.

Est-ce que vous travaillez déjà sur des projets, qu'ils soient musicaux ou cinématographiques ?

Oui, bien sûr. Nous sommes en train d'écrire et d'enregistrer ce qui sera la troisième et dernière partie de la «Trilogia linyera», qui consistera en un livre, roman, album et «roadmovie» qui sortira en mars 2019. Alors nous reviendrons très bientôt !

Plus d'informations et réservations : www.moissac-culture.fr ou 05 63 05 00 52.