La presse

jeudi 30 mars 2017

Le Cri du Lustre : un univers surréaliste et merve

Un de ces moments rares où la possibilité d'un autre univers s'entrouvre, voici ce que l'on aime tant retrouver en ces soirées au Hall de Paris.



Et même si la compagnie Tutti n'a pas été programmée par Moissac Culture dans le cadre du Printemps des Poètes qui s'ouvre ces jours-ci, son «Cri du Lustre» reste bien une heure de pure poésie, comprenez une heure sans limite ni frontière. Les deux violons et les deux violoncelles évoquent ici tout sauf le traditionnel et baroque quatuor à cordes. Les visages des quatre musiciens (et comédiens) jouent tout autant que les archets sur les instruments. Sur les instruments et non seulement les cordes : ça percute, ça frotte, ça gratte. Mais le son n'agresse jamais. Il évoque le plus souvent le bourdonnement sourd et la mélopée profonde de la ruche et de ses abeilles, parfois s'échappe en sourdine le cri primal de l'Humanité, rappelant à un moment donné l'ambiance terrifiante d'une cave sous un bombardement. Les mélodies à la limite de la dissonance tissent une toile d'une rare beauté, proche en intensité de celles des maîtres du post-rock des années 90. Il est vrai que l'on navigue davantage dans des eaux contemporaines que dans la grande tradition de la musique dite «écrite». L'image, quant à elle, joue la carte de la sobriété, avec les quatre compères (Julie Läderach, Chris Martineau, Elodie Robine et Sylvain Meillan) qui s'assemblent, se désassemblent, l'instrument chevillé au corps. Et puis ces expressions sur les visages, celles d'un cinéma d'une époque où il était encore muet, qui confèrent un côté burlesque à l'ensemble. Un merveilleux spectacle mis en scène par Stéphane Ghislain-Roussel, qui oui, ce mardi, nous a réellement transposés dans un univers parallèle une heure durant, un univers surréaliste et merveilleux.

La Dépêche du Midi