La presse

jeudi 09 mars 2017

Lambert Wilson : un vibrant hommage à l'œuvre d'Yves Montand

Une salle comble, mais silencieuse, révérencieuse... et cette curieuse impression de duplicité, tant Lambert Wilson «habite» le personnage d'Yves Montand tout en gardant intact son propre et irrésistible pouvoir de séduction



Deux monstres sacrés. La salle se tait, capte ces chansons témoignages d'un après-guerre encore mouvementé qui se voulait heureux sur les planches des music-halls. Deux heures durant, Lambert Wilson aura emprunté le costume du grand Yves, pour une trentaine de chansons et une quinzaine de textes, sans perdre son âme. Par moments, la filiation est troublante : l'habit de serveur de café parisien, la tessiture de la voix, quelques voyelles méridionales qui traînent parfois en fin de mot, la même maîtrise qui fait guider d'un simple battement de sourcil les musiciens, formidables de précision et de sobriété. Mais rendons grâce à la mise en scène de Christian Schiaretti de réellement nous raconter une histoire, celle de ce migrant qui se rêve un avenir étoilé, qui découvre l'amour, à Marseille, Saint-Paul de Vence ou encore Paris, qui fantasme une Amérique idéale tout en se forgeant une vraie conscience ouvrière. Jamais le nom d'Yves Montand n'est cité, seules ses chansons traversent la soirée, chantées et habitées par un Lambert Wilson que l'on n'imaginait pas aussi à l'aise dans cet exercice. Le public si stoïque au début entonnera l'introduction de «La chansonnette», et finira debout au terme de ce voyage dans notre mémoire collective. Le spectacle «Wilson chante Montand», proposé ce samedi au Hall de Paris par Moissac-Culture et Moissac-Culture Vibrations aura démontré que la vie d'Yves Montand a été à l'image de son époque : Complexe, paradoxale, mais confiante en un avenir... qui chante.

La Dépêche du Midi